C’est une silhouette que tous les visiteurs de la cour d’honneur du Collège de France connaissent : celle de Jean-François Champollion, le pied posé sur une tête de sphinx, le regard sondant l’éternité. Ce monument magistral, sculpté par Auguste Bartholdi en 1875, avait quitté le 4 février 2026, son socle historique pour franchir les portes de nos ateliers. Après plusieurs semaines d’un travail minutieux alliant sauvegarde du patrimoine et expertise technique, ce chantier d’exception est terminé et la figure emblématique a retrouvé sa place dans la cour du Collège de France. Coulisses d’une métamorphose.

Une œuvre monumentale face aux outrages du temps
Le père de l’égyptologie ne pouvait rêver plus bel hommage que celui du créateur de la statue de la Liberté. Bartholdi, fasciné par l’Égypte, décrivait son projet avec force en déclarant, en 1867, vouloir « rendre Champollion comme Œdipe arrachant au Sphinx son secret ».
Pourtant, après cent quarante ans d’exposition aux intempéries, le marbre original, haut de 2,40 mètres, portait les stigmates de l’érosion et commençait à s’effriter. Pour sauver ce patrimoine et transmettre ce chef-d’œuvre aux générations futures, le Collège de France a confié l’original à notre atelier de moulage. Après une restauration minutieuse menée par une conservatrice du patrimoine, nos artisans mouleurs-statuaires ont réalisé une empreinte d’une fidélité totale. Ce moule a permis de créer la reproduction destinée à remplacer l’original dans la cour d’honneur de l’institution.

De l’original à la réplique
« Accueillir une pièce d’une telle envergure au sein de nos ateliers d’art est toujours un événement, confie Arnaud Briand, chef de notre atelier de moulage et de patine. La mission a été double sur ce projet. En collaboration étroite avec une conservatrice du patrimoine, il a été procédé au nettoyage et à la consolidation du marbre original, qui était très abîmé : ce fut un travail de patience, car il fallait stabiliser la pierre tout en respectant la patine formée au fil du temps. Ensuite, nos équipes de praticiens ont réalisé une prise d’empreinte d’une fidélité absolue grâce à l’application d’un élastomère de silicone. Ce « négatif » précieux, désormais conservé, a permis de réaliser un nouveau Champollion, qui prendra la place de l’original dans la cour d’honneur. »

L’histoire de l’original se poursuit désormais loin des pluies parisiennes. Après son passage dans nos ateliers, le marbre de Bartholdi a pris la route de sa nouvelle demeure : le musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine. Au sein de cette collection de référence pour la sculpture de la IIIe République, Champollion dialogue désormais avec des chefs-d’œuvre de Rodin et de Claudel, notamment. Ce transfert a donné lieu à une exposition inédite, qui s’est terminée le 19 juillet 2026 : « Bartholdi, Champollion et le Sphinx – monuments publics en débat » mettait en lumière l’histoire de ce monument et les liens de Bartholdi avec l’Égypte.

Tandis que l’original poursuit son existence à Nogent-sur-Seine, sa réplique – réalisée fidèlement par nos artisans – continuera de veiller sur la cour d’honneur du Collège de France et de raconter l’épopée du déchiffrement des hiéroglyphes. Du chef-d’œuvre sauvegardé à sa fidèle émanation, nos artisans ont œuvré pour que perdurent longtemps encore l’âme de la pierre et le secret du Sphinx.